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ivan wyschnegradsky la journée de l\'existence
ivan wyschnegradsky - la journée de l'existence
shiiin 4  CD  2009 acheter

la journée de l'existence
confession de la vie devant la vie
pour orchestre, chœur ad libitum et récitant
paroles et musique d'ivan wyschnegradsky


01 la journée de l’existence 1° partie 27’ 28’’
02 la journée de l’existence 2° partie

enregistrement réalisé en public lors de la création le 21 janvier 1978 à paris au grand auditorium de radio-france dans le cadre des journées perspectives du XXème siècle
producteur : alain bancquart
nouvel orchestre philharmonique de radio-france, sous la direction d'alexandre myrat
récitant : mario haniotis
concert diffusé sur france-culture le 13 mai 1978
 
25’ 11’’
03 entretien d’ivan wyschnegradsky avec daniel charles - janvier 1978 (extrait)
 
02’ 09’’
04 - 13 entretiens d’ivan wyschnegradsky avec robert pfeiffer, enregistrés le 1er mars 1976 et diffusés du 8 juillet au18 août 1977 sur france-culture (extraits).
productrice: marie-france alleon
 
16’ 29’’
durée totale 71’ 26’’

chefs opérateurs du son : pierre carn et jean jusforgues
numérisation et montage : jean-françois pontefract
transfert numérique en 88.2 kHz 24 bits

remerciements : bernard djaoui, christiane lemire, béatrice montoriol, robert piencikowski, michelle rollot, dimitri vicheney

coproduction : shiiin - association ivan wyschnegradsky
livret
ici se termine la journée de l'existence (manvantara) et commence la nuit de l'existence (pralaya), qui s'exprime musicalement par la tenue perpétuelle par les contrebasses de l'octave "mi-mi" pp, par laquelle la journée de l'existence avait commencé. cette tenue perpétuelle doit durer autant de temps qu'avait duré la journée de l'existence (pralaya égale à manvantara, d'après la loi de l'equilibre cosmique), en principe une heure, après quoi la journée de l'existence doit de nouveau commencer.

note manuscrite du compositeur
collection ivan wyschnegradsky
fondation paul sacher, bâle.


ivan wyschnegradsky aura attendu soixante ans pour entendre la création de son oeuvre maîtresse, la journée de l'existence, qu'il avait conçue et composée dès 1916 à saint-petersbourg. nous aurons attendu trente ans pour pouvoir l'écouter à notre guise et en disposer sur support discographique. c'est aussi l'aboutissement de vingt-cinq années de travail au sein de l'association ivan wyschnegradsky, fondée en 1983 sous la présidence de claude ballif.
l'émotion fut immense au soir de la création, dans le grand auditorium de radio-france, emportée par l'intensité de l'oeuvre, la conviction et la puissance dramatique du récitant mario haniotis et la présence du compositeur venu assister, au soir de sa vie, à la réalisation de l'oeuvre conçue dans sa jeunesse dans un moment d'illumination et d'exaltation. la boucle était bouclée. l'émotion se retrouve miraculeusement intacte dans le disque qui restitue cette création.

cette oeuvre est à elle seule une véritable alchimie du verbe et du son.
le texte fut rédigé et remanié à maintes reprises. les premières versions, intitulées la journée de brahmâ, ont été écrites en russe, puis en français vraisemblablement à partir de 1927.
les archives d'ivan wyschnegradsky, déposées à la fondation paul sacher à bâle montrent que le compositeur a continué à remanier et transformer ce poème jusque dans l'année qui a suivi la création, et ce sur l'exemplaire même du programme du concert. il s'agit donc d'un "work in progress" qui l'aura accompagné tout au long de sa vie.
comme pour la plupart de ses oeuvres, ivan wyschnegradsky a écrit plusieurs versions de la journée de l'existence, dont une avec chœur ad libitum. le chœur n'intervient qu'à l'extrême fin, depuis le moment où le récitant déclame : joie ! tu es aussi douleur ! jusqu'à ses derniers mots : et je vous proclame cette vérité, qui est le tout et le rien. le texte des trois phrases du chœur, à chanter en superposition à celles du récitant et différentes de celui-ci, sont :

    au temps opportun je t'ai entendu
    et au jour du salut je t'ai assisté.
    voici, à présent, c'est le temps opportun
    voici, à présent, c'est le jour du salut.
    je suis alpha et omega
    le premier et le dernier
    le commencement et la fin

la version donnée à la création et reproduite ici, est la version sans les chœurs.
dans sa très belle méditation sur deux thèmes de la journée de l'existence pour violoncelle et piano op.7, écrite en 1919 et remaniée par la suite, ivan wyschnegradsky a repris les deux thèmes principaux de l'oeuvre, en intégrant des micro-intervalles à la partie de violoncelle : 1/3, 1/4 et 1/6ème de ton. on peut presque les entendre, comme en préfiguration, à quelques endroits de l'oeuvre pour orchestre.
la journée de l'existence, qui fut, rappelons-le, répétée et jouée en présence du compositeur.

nous reproduisons in extenso le texte du poème récité par mario haniotis. il suit, selon les souhaits du compositeur, la version qui figure sur la partition piano-chant. ce texte diffère à maints endroits de celui qui est noté sur la partition du chef d'orchestre, ainsi que des multiples versions du poème rédigées au fil des ans indépendamment de la musique.
la version allemande a été traduite par elena chalot, amie du compositeur, et sous son contrôle.

les extraits des entretiens sont issus des neuf émissions de 30 minutes chacune, réalisées en 1976 par robert pfeiffer et diffusées sur france-culture au cours de l'été 1977. en tête de ces extraits, nous publions le début de l'interview réalisé par daniel charles avec le compositeur le jour de la création de la journée de l'existence.
nous nous sommes attachés à présenter essentiellement les propos concernant directement cette oeuvre, suivis de plusieurs souvenirs d'enfance et de jeunesse.
au cours de cette série d'entretiens, ivan wyschnegradsky a par ailleurs analysé quelques-unes de ses oeuvres et évoqué avec robert pfeiffer ses tentatives de construction de pianos en quart de ton, sa théorie des espaces non-octaviants et des espaces inaudibles, sa vision de l'ultrachromatisme, du rythme, du continuum sonore et de la conscience cosmique, ses dessins "ultrachromatiques", les problèmes de notation, la nécessité de nouveaux instruments, les densités spatiales....toutes pensées et réflexions se rapportant aux recherches entreprises immédiatement après la composition de la journée de l'existence et poursuivies durant toute sa vie.

martine joste


l'alliance du souffle prophétique et de la splendeur orchestrale

tous ceux qui étaient présents à la création de la journée de l'existence, le 21 janvier 1978, dans le grand auditorium de la maison de la radio à paris, se souviennent de la vague d'émotion qui a submergé les auditeurs. une émotion qui va bien au-delà de la musique, qui touche l'être en ce lieu secret où les vibrations et sonorités du monde rencontrent le vouloir-vivre de l'existence individuelle.

la présentation de l'œuvre d'ivan wyschnegradsky entrait dans le cycle "perspectives du xxè siècle", dirigé par alain bancquart. lorsque celui-ci avait demandé au compositeur, alors âgé de quatre-vingt-quatre ans, de choisir l'œuvre orchestrale qui allait couronner cette manifestation, celui-là avait désigné sans hésiter cette œuvre de jeunesse écrite quelque soixante ans plus tôt, en 1917, à saint-petersbourg, en pleine tourmente.

le texte de la journée de l'existence est un somptueux poème au verbe débordant, d'une générosité orphique. il n'est pas chanté, il est dit. la voix du récitant ne précède pas la musique, celle-ci n'illustre pas le texte parlé. la voix du récitant s'élève du sein même de l'orchestre, elle dit ce que la musique chante, pour en exalter la puissance et le message. chaque mot doit rester compréhensible dans le déchaînement instrumental.

cette œuvre appelait donc un interprète exceptionnel, à la fois musicien et poète, d'une belle voix grave, capable de rivaliser avec l'orchestre. trouver un tel interprète semblait un défi impossible. jusqu'au jour où solange ancona a présenté mario haniotis au compositeur. entre ces deux artistes le courant s'est établi aussitôt. un courant d'empathie musicale, philosophique, humaine.

travaillant étroitement avec ivan wyschnegradsky, mario haniotis est l'interprète bouleversant, le co-créateur de cette œuvre majeure de notre temps. sa voix riche, charnue, en suit chaque nuance, en évitant toute emphase théâtrale. tout en restant dans le registre de la voix parlée il développe la somptueuse draperie musicale de cette œuvre existentielle. il nous accompagne dans ce cheminement des ténèbres du rien à la lumière du tout

michel ellenberger


1977. premier rendez-vous avec ivan wyschnegradsky.
j'étais alors chargé pour radio-france de la production de "perspectives du xxe siècle". a ce titre, j'avais décidé de consacrer une journée de concerts à ses oeuvres. en particulier, j'avais programmé la création mondiale de la journée de l'existence, oratorio pour orchestre, récitant et choeurs ad libitum, terminé en 1917. il attendait depuis soixante ans cette création d'une oeuvre qu'il considérait comme une de ses plus importantes. ivan habitait un minuscule deux-pièces dans le quinzième arrondissement. une table, une sorte de grabat, un piano, deux chaises. un très vieil homme, décharné, les yeux perçants. je lui appris ma décision concernant la journée de l'existence. sa réponse : "vous êtes l'ange de l'annonciation". nous étions loin d'être baignés dans le nuage d'or de simone martini et cela me laissa sans voix. de nombreux rendez-vous ensuite et une amitié trop courte jusqu'à sa mort en 1979.

alain bancquart
"musique : habiter le temps"
(éd. symétrie 2003)
presse
soixante ans pour une création

il arrive un moment, quand l’émotion est trop forte, où l’on voudrait tenter d’en discerner les causes, moins d’ailleurs pour en diminuer les effets – tant pis si la bienséance exige que le mélomane conserve le teint frais et l’œil sec – que par crainte de voir s’évanouir ces instants privilégiés où le concert cesse d’être un lieu d’activité fébrile, luxueuse, un peu vaine, d’où la musique s’est depuis longtemps retirée.

il y avait plusieurs raisons d’être ému par la découverte de la journée de l’existence d’ivan wyschnegradsky, vaste partition pour récitant et grand orchestre, virtuellement terminée en 1917, alors que le compositeur était encore en russie, remaniée en 1929-1930 puis, une nouvelle fois en 1939-1940, et enfin exécutée de façon exemplaire par le nouvel orchestre philarmonique de radio-france (direction alexandre myrat) grâce à la persévérance de quelques musiciens qui connaissaient la valeur de l’ouvrage.

ce concert, en conclusion d’une journée, wyschnegradsky – la première du cycle perspectives du vingtième siècle, - prenait, en effet, l’allure d’un hommage, d’une revanche et même d’une consécration tardive : il est toujours touchant de voir un compositeur de quatre-vingt-quatre ans recueillir l’hommage, silencieux d’abord puis singulièrement démonstratif, d’un public conquis d’emblée par le lyrisme d’une composition où l’influence manifeste de scriabine n’empêche pas un ton déjà très personnel de se dégager.

pourtant, l’émotion vient de plus loin, sachant que de cette œuvre date chez wyschnegradsky la certitude, clé de toute son œuvre à venir, que l’échelle musicale ne peut être limitée à une succession de demi-tons, qu’il s’agit donc d’un continuum, mais que, loin d’être une invention d’ordre esthétique, cette découverte se présente comme l’expression sonore symbolique de la conscience cosmique, de l’intuition du continuum de l’univers.

la journée de l’existence, « confession de la vie devant la vie », dont le texte est également de wyschnegradsky, est en quelque sorte le récit d’une recherche individuelle depuis les ténèbres du cosmos jusqu’à l’accession à un état final parfait, mais c’est aussi musicalement une conquête à partir de la longue tenue grave des contrebasses d’une plénitude harmonique qui éclate tout à la fin, expression du tout.

après avoir écrit cet accord, ivan wyschnegradsky a cessé de composer pendant plusieurs années, persuadé – car cette quête n’était pas pour lui un simple prétexte de créateur – qu’il ne pouvait pas aller plus loin. il s’orienta lors vers l’ultra-chromatisme, ce qui le détermina à quitter la russie où il était impossible, en 1920, de faire construire un piano en quart de ton.

ce sont quelques-unes des pièces conçues pour cet instrument qu’on a pu entendre, lors du concert de l’après-midi, par martine joste et sylvaine billier, mais aussi l’étude sur le carré magique sonore, beaucoup plus récente, pour piano ordinaire, preuve s’il en était besoin que wyschnegradsky n’est pas seulement l’homme de l’ultra-chromatisme.


gérard condé - le monde - 27 janvier 1978