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cornelius cardew the great learning
cornelius cardew - the great learning
shiiin 13  4xCD  2026 acheter
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1. musiciens : didier aschour, lou renaud-bailly, jeanne barbieri, stéphane clor, yannick guédon, jean-philippe gross, thierry madiot
 
2. scratch orchestra strasbourg : angela brewer, arij daoued, gaëlle falconnier, mariette feltin, christophe formery, françois jourdes, joelle kuhne, catherine leromain, malika ziane
 
3. orgue : jérémy marchal
 
4. chœur pelicanto : mathilde mertz, cheffe de chœur
andre airault-actéon, anne aleboyeh, teddy binot, david bodot, dominique dauphinot, quentin grojean, automnn’ harnisch, denis hebting, alain heideyer, gaétan kintz, élise ksibi, orianne lancon, paulin meyer, ambre n’gouah-beaud coulomb, yéti·e perez, clément rose, laure richy, valentine ruff, margaux schnurr, gaby thirion, thierry touitou, stéphane volondat, matthieu weltzer
 
5. chœur de-ci de-là : cédric dosch, chef de chœur
marie-line allard, karine anheim, valérie ansel, nathalie boisson, catherine brandt, tatjana burr-tilden, raphaël duclos, hélène freidenberg, danielle frey, marie-paule fritsch, dominique gras, dominique grave, marie-paule imbach, essia kharchi, isabelle kugel, valérie lage-gonçalves, patrick l’ahelec, camille lasserre, wolfgang larcher, michel laurain, pascale laurain, aurélie leonate, clotilde le pape, frédérique marchand, nicolas marchand, patrick muller, gaëlle ott, isabelle préfol, patrick princet, catherine reilhac, claire schmitt, marielle schmitt, stéphanie specht, luke tilden, laurent troxler
 
 
enregistré du 27 au 29 novembre 2025 à l'église réformée saint paul de strasbourg à la suite du concert du 15 septembre 2024 dans le cadre de la 42° édition du festival musica
 
direction artistique : didier aschour
 
coproduction : shiiin - dedalus - festival musica
 
enregistrement : christophe hauser assisté par jane david
 
mastering : christophe hauser
extrait du livret (116 pages)

faire orchestre autrement
stéphane roth

cet enregistrement est né de deux ambitions qui se sont nourries l’une l’autre : donner une interprétation intégrale de the great learning et constituer, dans la durée, le collectif capable de la porter. écrite par cornelius cardew entre 1968 et 1971, l’œuvre emprunte son titre et son texte au ta hio — ou daxue, « la grande étude » —, traité confucéen consacré au perfectionnement de soi et à l’organisation harmonieuse de la vie collective, devenu l’un des quatre livres du canon confucéen. cardew en reprend les sept premiers passages pour composer sept « paragraphes » mêlant voix, instruments, objets et actions, à travers des notations graphiques et verbales. l’œuvre est indissociable du scratch orchestra, fondé à londres en 1969 par cardew avec michael parsons et howard skempton. le 15 septembre 2024, ses sept parties ont été interprétées dans l’église saint-paul de strasbourg, lors d’un concert de près de sept heures ouvrant la programmation musicale de la 42° édition du festival musica.

cette réactivation s’inscrivait dans une programmation consacrée aux œuvres à protocole, marquée par l’exposition mode d’emploi : suivre les instructions de l’artiste, présentée au musée d’art moderne et contemporain de strasbourg, sous le commissariat d’anna millers et philippe bettinelli, avec matthieu saladin pour le volet musical. fondées sur des instructions écrites, orales ou graphiques, ces œuvres déplacent les notions d’interprétation, d’originalité et de transmission. à ce titre, the great learning constitue un jalon majeur. sa partition ne prescrit pas seulement des sons ; elle organise les relations entre les interprètes et répartit entre eux la responsabilité de la forme.

dans ce contexte, musica a lancé au printemps 2023 un appel à participation sans condition de niveau ni de parcours. le scratch orchestra strasbourg s’est constitué comme un orchestre non conventionnel, ouvert aux musicien·nes amateur·rices ou professionnel·les, aux autodidactes comme aux personnes sans pratique préalable. voix, instruments, objets, gestes et actions pouvaient y trouver place ; chacun·e était invité·e à contribuer avec ses moyens et son écoute. il ne s’agissait ni de reproduire les cadres d’un orchestre traditionnel, ni de reconstituer à l’identique celui de cardew, mais d’en remettre en jeu le principe : faire de la diversité des compétences une ressource commune.

réuni pour la première fois en septembre 2023, le groupe a ensuite travaillé régulièrement sous la direction de didier aschour. des membres de l’ensemble dedalus et des musicien·nes professionnel·les de strasbourg aguerri·es à l’improvisation, aux partitions graphiques et aux protocoles ouverts ont accompagné ce cheminement. leur rôle n’était pas d’imposer une lecture homogène, mais de transmettre des outils et de créer les conditions d’une attention partagée : comprendre une règle en la pratiquant, écouter la décision d’un·e autre, trouver sa place dans une forme que personne ne maîtrise entièrement.

le travail s’est poursuivi après septembre 2024 autour d’autres œuvres et d’autres projets, avant le retour à the great learning pour réaliser le présent enregistrement en novembre 2025. cette continuité est essentielle. le présent enregistrement fixe une interprétation issue de plus de deux années de pratique commune, non d’une distribution assemblée pour une échéance unique. rare parmi les projets de réactivation de l’œuvre, cette inscription dans le temps long rapproche l’expérience strasbourgeoise de l’initiative première de cardew, conçue comme un espace durable de pratique, d’apprentissage et de transformation collective.

les deux essais réunis dans ce livret donnent une profondeur historique et critique aux questions que cette pratique a fait surgir. celui de dean inkster, écrit pour l’exposition cornelius cardew et la liberté de l’écoute, présentée en 2009 au cac brétigny, replace the great learning dans l’itinéraire esthétique et politique du compositeur et montre comment la dispersion des voix ouvre moins sur une fusion du collectif que sur une liberté partagée de l’écoute. celui de matthieu saladin, paru initialement dans les numéros 125 et 126 de revue & corrigée en octobre et décembre 2020, examine les dispositifs propres à chacun des paragraphes. il les envisage comme autant de tentatives pour contenir les rapports de domination qui se reforment au sein de tout groupe. dans cette perspective, l’échec n’est plus une simple défaite ; il devient l’occasion d’un déplacement, lorsque des agencements imprévus viennent défaire l’ordre établi.

l’enregistrement permet désormais d’entendre ce que ces analyses rencontrent dans une expérience située. il ne documente pas seulement l’interprétation d’une œuvre. il donne aussi à entendre comment une qualité d’écoute s’est formée, comment une mémoire commune s’est constituée et comment le groupe a appris à habiter collectivement les règles de la partition. en cela, le scratch orchestra strasbourg ne referme pas the great learning sur une réalisation achevée. il en prolonge l’apprentissage, jusque dans l’écoute proposée ici.

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